DEVENIR HUMAIN

 

C'est pour l'association que je préside et pour moi même un moment très important et une étape essentielle que de m'exprimer ici. C'est pour cela que pour m'adresser à vous et enrichir mes paroles, d'autant que comme tout le monde je n'ai qu'une demie heure pour m'exprimer, j'ai choisi comme guide, une femme trop méconnue à mon sens, Christiane Singer, figure éminente d'une spiritualité élevée, hélas disparue, qui a travers ses écrits, romans, conférences ou essais m'a souvent aidé dans mon parcours personnel. Je tiens ici à lui rendre hommage.

Je me suis aperçu en sortant de prison que si la parole des prisonniers était totalement niée à l'intérieur des murs, elle l'était aussi à l'extérieur. C'est pour cela que j'ai crée cette association renaître PJ2R (pour une justice résiliente et réconciliante). Cette association est ouverte à tous, mais elle a une particularité statutaire : ne peuvent être élus au C.A ou être délégué de région que des personnes ayant connues la détention. Je crois que nous sommes la seule structure en France qui existe sous cette forme et qui réunit autant d 'anciens prisonniers. Nous avons estimé cette structuration indispensable aux buts contenus dans sa dénomination.

J'ai donc une très grand gratitude envers les responsables de ce congrès qui m'offrent cette occasion de prendre la parole devant vous, car nous avons beaucoup de choses à nous dire, nous avons beaucoup a nous écouter, tout particulièrement sur le sujet même de ce congrès : la justice restauratrice.

Je crois qu'avant d'imaginer et de créer des techniques concrètes et rationnelles pour aller vers une justice restauratrice, avant d'être dans une fébrilité organisatrice, il nous faut en comprendre les raisons fondamentales, j'irais même jusqu'à dire la philosophie fondatrice.

Nous serons d'accord pour reconnaître que l'ensemble de la société a besoin de beaucoup plus d'humanité pour vivre mieux et la justice restauratrice, que j'appelle résiliente, est au cœur de cette aspiration. Cependant ce concept d'humanité est souvent hâtif. Il est loin d'être à l'abri des équivoques. Prenons un exemple d'équivoque : l'égalitarisme, qui partirait de l'idée d'égalité naturelle contre laquelle Levy Strauss nous met en garde, cet égalitarisme donc, néglige bien trop souvent la diversité et considère la différence finalement comme secondaire. On voit bien là que c'est se tromper d'objectif, voire dénaturer le concept. Il faut oser le voir : les hommes sont profondément différents. Si ils sont égaux c'est en différence. Personne ne peut contraindre ou être contraint à être moins différents que les autres. C'est à mon sens la charte du respect vécu. La seule égalité réelle c 'est d'être égaux en droit et en devoir.

Une loi simple de la physique nous enseigne que si la température est la même dans deux pièces voisines, l'air stagne. Si l'air est plus chaud ou plus froid, un échange de masse d'air a lieu. C'est la vertu des différences que de proposer le mouvement du vivant.

Dans la même logique, si nous ne sommes pas vigilants, il serait facile de penser un humanisme qui se transfigurerait en une sorte de version de tolérance et du coup en formidable trompe l’œil. Je tolère pour ne pas être obliger de rencontrer et surtout ne pas être contraint de respecter. Cette tolérance, qui englobe tout le monde sans croiser un seul regard, contredit la dynamique transformatrice. Un telle déclaration de tolérance fonctionnerait en vérité comme une interdiction de nous poser les vraies questions.

L'humanité c 'est avant tout vivre ensemble en ne laissant personne au bord du chemin. La tâche est immense, souvent décourageante, mais elle est néanmoins notre vocation d'humain. Ne perdre personne en route ou le moins possible, car lorsqu'un membre de la communauté s’éclipse ou est éclipsé, c'est un peu de vie en moins dans le corps de la totalité. L'individualisme forcené que nous connaissons à présent nous a fait perdre de vue ce lien vital d'appartenance collective qui participe à la croissance de tous.

Être humain c'est ce grand défi d'oser nous présenter devant l'autre, sans porte parole et dans un non savoir radical. C'est donc le risque assumé de devoir changer. En effet, toute rencontre véritable modifie quelque chose à l'intérieur même de celui qui la fait. J'irai jusqu'à dire que s'il n'y a pas de changement, aussi ténu soit-il en apparence, une sorte de glissement délicat, il n'y a pas rencontre.

Je le sais, changer est toujours difficile car avec notre éducation et le conditionnement culturel par lesquels nous sommes formatés, l'immobilité et le poids des choses semblent la part sérieuse du monde. Le mouvement créatif et le changement paraissent, eux, comme des sortes d'accidents qui viennent s'ajouter, voire déranger. Mais si l'essentiel de la vie consistait à accueillir l'ébranlement, la secousse, le dérangement causé par l'autre ? Sans trouble fondamental , nous ne sommes pas en mesure de commencer le chemin vers l'humanité ni d'entrer en vie et en vérité.

Et ces petits changements peuvent avoir de grands effets. Au Tibet on dit que lorsqu'on arrache un brin d'herbe, on ébranle le monde. L'infiniment petit a des conséquence sur l'entièreté du réel, la physique quantique nous l'a démontré. Plus près de nous, pensez à l'acupuncture qui avec un point d'aiguille guérit un organe. Cette démarche d'aujourd'hui peut parfaitement créer un champ de conscience.

Chacun de nous, en changeant un tant soit peu sa vie, qu'il vive un grand amour ou arrose ses fleurs, qu'il milite pour une justice restauratrice ou dise bonjour à l'autre sans condition, sauve le monde sans le savoir. Il n'est pas de petites portes, il n'est que des petits frappeurs. Il faut prendre conscience de cette vocation d'humain qui commence donc par une observation rigoureuse et bienveillante de soi-même. Mesurons donc avec sagesse que c'est en changeant nous-mêmes de l'intérieur que nous ferons le changement, autrement dit, il nous faut incarner nous-mêmes le changement que nous voulons pour la société.

Cependant, ce changement intérieur ne s'opère pas par la volonté. Ce n'est pas une affaire de mental mais un élan du cœur. Ce n'est pas non plus une question de sentiment mais d'un accueil de la vie, un « oui » à la vie sans condition. C'est lorsque l'on renonce à imposer sa volonté qu'un déclic secret s'opère, qu'une porte s'ouvre.

C'est précisément là que commence la responsabilité qui est la nôtre envers le monde qui nous entoure. On commencera à réaliser alors combien de choses nous faisons souffrir avec notre souffrance et combien de gens étouffent de notre étouffement.

Ce qui frappe aujourd'hui, justement, c'est la respiration perturbée de cette société. Son arythmie est de nature asthmatique. Elle pompe et aspire bruyamment, mais elle ne restitue pas l'air dont elle s'est gonflée, de peur sans doute d'en manquer. Alors, elle se meurt non pas de manque mais de surplus.

Éduquer vient du latin « educere » e-ducere : conduire dehors. Ne restons pas enfermés dans ce que nous croyons immuable. Soulevons le poids de ce qui nous phagocyte. Nous somme remplis, et du coup opaques, de nos fausses identités superposées, entravés de nos certificats de naissance, de pedigree, de naturalisation, dûment timbrés et légalisés, encombrés de nos justificatifs, nos attestations, nos références de CV, nos casiers judiciaires. Et nous devons nous déplacer avec tout ça ? Quel poids ! Quel déménagement de la naissance au trépas ! Ce travail de force nous mobilise tant que nous n'avons pas le temps de voir notre propre part d'ombre, cette opacité que chacun possède inévitablement . Elle est enfouie sous les documents auxquels nous nous identifions et devient inaccessible à nos préoccupations.

On ne peut vivre dans l'enfermement. C'est certainement parce que nous survivons dans cette geôle de représentation et de masques, que nous excluons si souvent en enfermant à notre tour celle ou celui qui nous le rappelle sans s'en rendre compte. Une sorte de mimétisme exacerbé où l'on croit se débarrasser du son propre enfermement. Nous n'imaginons pas d'autres solutions devant ce qui parfois est insupportable. Mais cet exutoire est totalement contre productif, nous le constatons en permanence. Il aboutit au contraire des bonnes intentions qui y président, il rate la cible nous montrant, d'une certaine manière, que cet acte manqué censure et détruit davantage.

La réponse qui peut nous sortir de cette impasse mortifère est le dépassement. Ouvrons nos yeux ! Ils sont déjà ouverts me dit-on ? Alors ouvrons les yeux de nos yeux que nous croyons ouverts. Laissons ce vieux monde à ses balbutiements répétitifs, à ses redites chevrotantes et allons plus loin, plus neuf. Il ne s'agit pas d'être indifférent au passé ou de se détacher de ce monde, mais de le rencontrer à partir d'une autre force, avec d'autres paradigmes et une autre espérance. Ce qui dort en l'homme dormira jusqu'à la fin si rien ne vient l'éveiller. Il n'est de fidélité au passé que dans l'élan vers l'avant.

Je sais, on va me rétorquer qu'il faut être réaliste et ne pas rêver d'utopies. Outre que si je ne rêve pas plus haut que mon front je ne vois pas comment je vais pouvoir créer, j'ai compris que le monde réaliste fait de moi le fidèle d'une religion sanguinaire en transformant tout ce qui est autour de moi en objet et en froidure. Ce pragmatisme glacé qui ne veut rien connaître en dehors de ce qui lui est utile, vide le sens global et transversal de la vie qui me nourrit, et entretient en moi une sourde colère d'être ainsi réduit au minimum respiratoire.

Une des conséquences est que dans notre société, seule une part de la réalité est prise en charge, exaltée, hypertrophiée, gonflée au silicone de mauvaise qualité : le plaisir, la sécurité, la vitesse d'exécution et de déplacement, la réussite matérielle, l'apparence, l'efficacité. L'autre part, pourtant inhérente à la première est occultée, atrophiée, rejetée, niée : le temps de la réflexion, la maladie, la souffrance, la responsabilité, la vieillesse, la misère, la mort.

Le développement de cette tendance a certainement trouvé son engrais dans le dualisme du XXème siècle lié à la science et à la technique. Il instaure le mouvement fatal du balancier ou bien / ou bien. Avant on pouvait être à la fois technicien et alchimiste, historien et mythologue, scientifique et mystique. Mais aujourd'hui non nous sommes dans la démarche d'exclusion soit l'un / soit l'autre. Ce phénomène a perverti ce qui fait la dignité concédée à l'homme, à savoir le choix. Il serait temps de se rappeler qu'au plus profond de nous les antonymes ne sont qu'une seule et même réalité, les deux côtés de la médaille qui naît d'une même coulée.

Finalement cet utilitarisme nous dit guérir le cancer en laissant mourir le malade.

Dans cet occident actuel, il y a deux voies qui existent.

Le défoulement : crier, exprimer son ras le bol. C'est une soupape précaire car elle prolonge le désespoir. Il est facile de se révolter contre la réalité, et il est plus difficile de la vivre.

Et le refoulement où on avale des couleuvres pour fabriquer des nids de serpents, intérieurs ou pas.

Il existe une troisième voie : rester au milieu de cette destruction et devenir un témoin. Autrement dit, mettre, non des cris ou du silence sur ce qu'on constate, mais des paroles. J'ai appris en prison que c 'est celui qui fuit le feu qui se brûle.

Témoin donc, mais témoin actif puisque Durckheim nous dit clairement que la destinée humaine c'est d'une part créer, inventer le monde, et de l'autre avancer sur le chemin intérieur. Privé de l'une ou de l'autre dimension l'être humain est sauvagement mutilé. Privé des deux, il est mis à mort.

On voit bien là, me semble-t-il, que la réconciliation et la résilience sont intimement liées et interdépendantes, individuellement et collectivement. Sans aucun syllogisme, on devine comment les rencontres victimes / auteurs sont aussi interdépendantes, individuellement et collectivement, avec une nouvelle conception judiciaire qui doit dissocier justice et punition.

Un arbre qui tombe fait beaucoup plus de bruit qu'une forêt qui pousse. Et nous ne parlons que des arbres qui tombent. Les politiques et les médias se chargent de nous le rappeler au cas où nous serions distraits par je ne sais quelle espérance. Mais enfin, si le réel ne tenait qu'à cela, qu'aux arbres qui tombent , le monde aurait disparu depuis longtemps. « Qui épouse l'esprit du temps sera vite veuf, disait Kierkegaard, je crains même cocu ».

L'homme est le fils des épreuves nous dit un aphorisme chinois. Il ne s'agit pas de se mettre dans une quête masochiste de paternité pour concrétiser sa filiation, là n'est pas la question. Il s'agit de ne pas être dans une dénégation comme quoi rien de grave ne devrait arriver et que le zéro malheur est un but a atteindre en étant assuré contre tout. Il nous faut prendre conscience que l'épreuve, une fois le choc et l'incompréhension franchis, nous offre une porosité au malheur d'autrui si nous ne restons pas coincé dans nôtre malheur et sa cohorte de vengeance. Nous devenons alors plus sensible et plus accueillant à l'autre. L'expérience dépasse définitivement et à tout jamais le savoir.

Évoquer en permanence ces arbres qui tombent, c'est démultiplier la puissance de la haine, c'est détourner son regard et ses oreilles de ces forêts qui poussent, c'est rester enfermé dans la cave et surestimer le pouvoir du malheur. On est du côté des cris avant de s'enfoncer dans le silence. Être témoin c'est ne pas renforcer la violence, c'est ne pas se laisser épouvanter et manipuler par la peur et retrouver au fond de nous notre noyau incassable, inviolable. Quand cesse la peur, il y a un drôle de morceau d'horreur en moins.

Si la peur nous fait souhaiter un univers où nous n'aurons plus de craintes, où régnera une atmosphère de sécurité, l'impulsion créatrice ne sera pas la bonne. Si c'est la peur qui nous fait rêver d'un monde sans violence nous y programmerons aussitôt la violence. Comme le disait avec Sagesse Benjamin Franklin : « qui préfère la sécurité à la liberté perdra les deux. » il faut sortir de l'illusion sécurisante et sécuritaire. Il n'y a pas d'un côté le monde avec ses délinquants, les horreurs et les exactions et de l'autre les hommes qui s'en indignent. Il n'y a qu'un monde. Il n'y a pas de catégorie, l'auteur d'un côté et la victime de l'autre, c'est un seul et même monde. Rappelons Borges : « et puisque les mers ourdissent d'obscurs échanges, on peut dire que chaque homme s'est baigné dans le Gange ».

Celui qui a vu son ombre est plus grand que celui qui a vu les anges. Celui qui a touché les abîmes et qui choisit la vie remet le monde debout.

Dans la question qui nous préoccupe, la justice résiliente, il nous faut noter que l'auteur et la victime, même si cela ne se situe pas au même niveau, ont des points communs. L'auteur incarne celui qu'on a peur de devenir ou de rencontrer, la victime, elle, incarne la peur de ce qui pourrait arriver un jour. Et davantage encore, comme nous le dit Jean marc Mahy, ils se rendent compte qu'une telle tragédie les isole, différemment bien sûr, mais avec une même radicalité et qu'il n'est simple, ni pour l'un ni pour l'autre de retrouver une place rassérénante.

Les deux sont mis en état d'impuissance, l'un par l'enfermement et le système carcéral. On ne lui demande qu'aveu et demande de pardon. L'autre par un enfermement différent mais tout aussi pervers, parce que la justice, outre son processus qui oppose les deux parties au tribunal étant donné qu'elle confond justice et vengeance, la déresponsabilise en devenant son vengeur tout puissant réduisant la restauration à la punition.

Les peines prononcées, sous leur forme actuelle sont vidées de leur sens humain car elles retirent la possibilité de chacune des deux parties à développer leurs capacités spécifiquement humaines de faire face aux épreuves et à prendre en main leur vie.

La résilience et la réconciliation ne sont pas des concepts d'altruisme où l'on voudrait être meilleur et aller vers un monde en paix. Mais c'est bien de l'intérêt dont il est question, pour la victime et pour l'auteur, et aussi pour l’intérêt de l'ensemble du monde. Ce qui sert l'un sert l'autre et inversement, tout en restaurant le tissu collectif.

Vous comprenez facilement que des rencontres de victimes anonymes avec des auteurs anonymes, étrangers dans leurs circonstances ont une autre fonction. Et veillons à ce que cette humanité que nous évoquions au début ne devienne tolérance. L'expérience de Poissy en est l'illustration. Un coup d'épée dans l'eau ne troublant en rien le fil du courant. Discours d'après coup attendus, dans un consensuel un peu mou, à tel point qu'un politique a facilement récupéré cette démarche pour son intérêt personnel et partisan.

Notre association encourage la rencontre de la véritable victime avec le véritable auteur. Assurément il faut un travail préparatoire, long et difficile comme nous l'a si bien montré Brigitte Sifaoui dans son livre : « l'homme qui a tué mon frère », comme le fait tous les jours Latifa benari avec son association l'ange bleu. Après le cheminement ardu que chacun fait de son côté, avec les outils qui lui semblent convenir le mieux, il n'y a pas de règles en la matière, individuellement ou en groupe, ou encore avec l'alternance de ces deux modes, peut alors s'effectuer la rencontre, une seule, qui dure le temps nécessaire pour poser les questions et avoir les réponses à ce qui est essentiel : la renaissance, pour l'un comme pour l'autre. Je crois que c'est ainsi que l'on peut participer de la forêt qui pousse.

On m'a fait justement la réflexion, mais alors comment faire pour celles et ceux dont l'auteur a disparu ou n'a pas été retrouvé ? Ou au contraire, pour l'auteur dont la victime n'est plus et dont aucune famille ne prend le relais ? Je crois que seuls, celles et ceux qui auront vécu cette expérience seront à même de permettre ce parcours là, car ils pourront transmettre non un savoir mais une expérience qui leur aura permis de surmonter l'épreuve.

Nous voyons facilement qu'aujourd'hui l'ambiance et l'environnement n'est pas encore installé pour faciliter ce ensemencement. D'un côté, une fois que le jugement est passé, la victime reste avec ses interrogations et sa souffrance et ce ne sont pas les années de prisons de l'auteur et les indemnisations qui changent quoique ce soit à sa question : pourquoi moi ? La situation peut même s'aggraver car elle n'est pas dupe de la manipulation dont elle fait l'objet pour des fins qui lui sont étrangères.

De l'autre les conditions de détention, notamment la négation totale de l'identité et de la dignité mettant les prisonniers en situation de survie précaire, au bord du gouffre, empêche tout travail de responsabilisation et de cheminement vers un questionnement salutaire : qu'ai je fait de ma vie et quel avenir je construis ?

Sans oublier pour les deux, le regard des autres.

C'est pour cela qu'il ne faut pas, à mon sens, se focaliser sur la méthodologie pour le moment, et ne pas se laisser séduire par une vision purement théorique et donc désincarnée. Il nous faut rester avec nos incertitudes, nos doutes et notre absence d'expérience. Ne recourrons pas déjà aux spécialistes, savants ou universitaires qui sont porteurs d'un savoir tout fait, d'une norme toute prête qui n'est plus en adéquation avec cette démarche nouvelle. Ne nous laissons pas imposer des réponses d'experts, qui par nature répondent à tout. Au contraire, laissons cheminer en nous la réflexion encore incertaine sans avoir peur de l'inconnu. Acceptons de faire face à ce dépassement qui nous évite le défoulement ou le refoulement. N'ayons pas la crainte de nous asseoir en questionnant le sens comme le faisait Job et gardons nous des faux amis de cet homme qui plutôt que de pleurer avec lui l'accablaient de certitudes.

Et oui, pourquoi pas, lisons ou relisons Job, non pas en prenant ce texte à la lettre mais au sérieux. En tout cas, soyons dans un mouvement intérieur avant de construire une technique qui nous immobiliserait. Ne tombons pas dans ce piège où sombrent bien des débats contemporains , devenus de véritables toiles émeris qui usent à vouloir mobiliser les énergies afin de nous faire prendre parti pour la main droite ou la main gauche en voulant déterminer laquelle des deux est celle qui applaudit. Soyons au contraire les alliés de cette force intérieure, qui crée cette dialectique intégratrice vécue sachant tenir ensemble les contraires jusqu'à leur imprédictible alchimisation, car la lumière ne jaillit que de l'alliance des polarités opposées.

Pensons aussi à Rûmi, ce poète soufi du XIIème siècle : « au delà du bien et du mal, il y a une prairie où je t 'attends ».

L'association renaître PJ2R espère apporter sa pierre à cette perspective certes audacieuse mais si porteuse d 'espoir. Elle parlera et agira pour que l'humanité qu'elle désire ne se transforme pas en tolérance.

Je vous remercie de votre attention.




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